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Au vignoble, c’est du jamais vu, l’avance de végétation est telle que l’on parle déjà des vendanges de fin août ou début septembre ! En effet, la vigne compte déjà 5-6 feuilles à 7-9 feuilles en situations précoces alors que normalement nous sommes tout juste au stade éclatement du bourgeon à 1-2 feuilles étalées. Le stade actuel de la vigne correspond à ce que nous observons en temps normal au 20 mai... Déroutant ! Alors inévitablement cela bouscule les travaux et c’est plutôt la course sur l’exploitation.
Les apports de chélates pour éviter la chlorose (jaunissement de la vigne) et l’ébourgeonnage sont déjà en route. Cette dernière opération consiste à supprimer une partie des pampres ou rameaux sur le cep afin de préparer la taille de l’an prochain. Cette technique habituellement effectuée à partir de la mi mai permet aussi d’éviter les amas de végétation pour permettre une bonne aération des grappes et ainsi diminuer la pression de certains parasites comme la pourriture grise. On en profite aussi pour supprimer des rameaux fructifères dans certaines vignes de pinot noir afin de réguler le potentiel de récolte.
Au vignoble, certains ont déjà sorti leur pulvérisateur pour traiter le mildiou et l’oïdium. En ce qui nous concerne, nous tenons compte du stade de la vigne mais aussi du cycle du champignon et des conditions climatiques, c’est ce que nous appelons la protection raisonnée. Aussi, après 30 jours sans pluie et un mildiou pas encore prêt à contaminer la vigne (source Avertissements Agricoles de Reims), nous attendons. Les prochaines pluies orageuses prévues à partir d’aujourd’hui devraient permettre de déterminer la période de placement du premier traitement...et par rapport à ceux qui ne regardent que le stade de la vigne, cela devrait se concrétiser par 1 à 3 traitements en moins ! C’est toujours ça de gagner pour l’environnement et les utilisateurs !
On ne s’ennuie pas non plus en cave avec habillage, gestion des commandes et livraisons et préparation de notre prochain salon à Cauffry . En parallèle, nous devons organiser aussi notre mise en bouteilles de la récolte 2006 prévue le 3 mai, ce que nous appelons le tirage constitue une étape importante et stressante de notre métier de vigneron. Les étapes du tirage commencent déjà par la préparation des ferments, l’organisation et le rangement en cave pour bien gérer l’espace, le stockage des palettes de bouteilles neuves, l’achat de bidules et de capsules...
Préparation des ferments.
Cinq jours avant le tirage, nous réalisons un ferment à base de levures sèches sélectionnées qui seront à l’origine de l’effervescence du champagne en transformant le sucre en alcool et en gaz carbonique.
Tout d’abord, il s’agit de les réhydrater dans un milieu aqueux à 35°C puis de les multiplier dans des solutions successives. Elles seront ajoutées à hauteur de 3 % dans la cuve de tirage juste avant la mise en bouteille. Avant l’incorporation, un dénombrement microscopique sera effectué au laboratoire d’Oeno France à Epernay afin de s’assurer de la bonne santé des levures.
Le mercredi 2 mai sera consacré à la préparation des cuves à tirer, à l’adjonction du levain et du sucre au vin. Le lendemain après l’arrivée du prestataire et de son matériel, des salariés et d’une équipe de parents et d’amis débutera, de bonne heure et de bonne humeur, la mise en bouteilles...
L’avance exceptionnelle de la végétation en ce début de printemps est toujours d’actualité, au 23 avril on constate près de 3 semaines d’avance par rapport à une année normale. Beaucoup de viticulteurs s’interrogent sur la suite de ce cycle végétatif anormal... Evidemment cela n’est pas sans conséquence sur la gestion des travaux.
En année normale, après la mi-avril depuis un peu plus de dix ans, certains viticulteurs se regroupent pour sillonner les rangs de vigne afin de mettre en place des petits diffuseurs sur les fils lieurs...Certaines de nos parcelles situées à Passy-Grigny sont effectivement garnies de ces drôles de petits diffuseurs de couleur marron. Et oui, alors que les bourgeons du cep de vigne s’ouvrent, les ennemis de la vigne, champignons ou autres ragaveurs, sont prêts à débuter leur campagne eux aussi. Alors, il est temps de mettre en place une stratégie de lutte originale et respectueuse de l’utilisateur et de l’environnement. Compte-tenu des conditions particulières de cette année, cette pose a été précipitée et s’est déroulée au plus tard à la mi-avril.
Un des principaux ragaveurs redoutés en champagne, est un papillon dont les chenilles s’attaquent aux inflorescences au printemps et altèrent les baies en juillet faisant la part belle à la pourriture. Au vignoble, on les appelle les tordeuses de la grappe. Par le passé, des produits chimiques de synthèse souvent toxiques étaient appliqués pour tenter de les maîtriser.
Les papillons mâles attirés par les parfums émis par les femelles, retrouvent aisément celles-ci pour s’accoupler. Les femelles seront responsables du dépôt des oeufs sur les inflorescences ou les grappes et par conséquent du nombre de chenilles et de dégâts.
Maintenant grâce à ces petits diffuseurs mis en place au vignoble juste avant le début du vol de ce ravageur, l’atmosphère va être saturée tout au long de la campagne de substances reproduisant les parfums des femelles. Aussi, les papillons mâles seront perdus et ne retrouveront plus les femelles. On constatera alors moins d’accouplements, moins d’oeufs, moins de chenilles et par conséquent moins de dégâts. C’est la stratégie de la confusion sexuelle.
Cette technique très efficace requiert toutefois l’adhésion de l’ensemble des viticulteurs de la commune viticole et cette condition constitue souvent et malheureusement un frein à la progression de cette stratégie au vignoble. Et pourtant la confusion sexuelle présente bien des avantages : efficacité largement démontrée, absence de toxicité pour l’utilisateur, innocuité pour les insectes auxiliaires, absence de résidus sur raisins et vins, respect de l’environnement et valorisation de l’image de notre vignoble. C’est pourquoi nous y adhérons pleinement et nous l’appliquons sur certaines de nos parcelles.
A la faveur des températures estivales actuelles (jusqu’à 26 °C en journée), la végétation s’emballe, tous les arbres fruitiers sont en fleurs, les feuilles sont bien visibles sur une grande majorité d’arbres et cette explosion de la végétation n’épargne pas le vignoble.
Normalement à la mi-avril, les bourgeons de Chardonnay atteignent le stade "pointe verte" et les cépages noirs (Pinot noir et Meunier) présentent des bourgeons "dans le coton". Or en ce moment, la situation est bien plus précoce, les Chardonnays montrent déjà une à plusieurs feuilles visibles !
Même pour nos parcelles taillées tardivement, les bourgeons évoluent très vite. Sur notre vignoble, les parcelles de Meunier sont au stade "pointe verte".
Depuis 18 ans que nous observons notre vignoble, nous n’avions jamais observé une telle précocité ! Cette situation est exceptionnelle. Malheureusement, cela ne nous rassure pas du tout puisque l’arrivée d’une période plus fraîche n’est pas à exclure pour les prochaines semaines. Si des conditions plus humides surviennent, alors les jeunes pousses ne résisteront pas à des températures inférieures à moins 2,5 °C. Et de telles températures peuvent encore être enregistrées jusqu’à la mi mai.
Le spectre de l’année 2003 n’est pas si loin...cette année là un gel dévastateur avait détruit 45 % des surfaces du vignoble champenois dans la nuit du 10 au 11 avril et pourtant les bourgeons étaient moins développés (de "gonflement du bourgeon" à "éclatement du bourgeon"). Autant dire que nous allons connaître dans les prochaines semaines des nuits difficiles et de belles frayeurs...
Avant la mise en bouteille, prévue le 3 mai prochain, nous réalisons durant cette semaine, le passage au froid et la filtration de l’ensemble de nos vins 2006. Cette étape nécessitant un matériel spécifique est confiée à un prestataire. L’objectif est d’obtenir une limpidité et une stabilité tartrique parfaites de nos futures cuvées.
Il convient d’abaisser la température des vins à -3,5 °C pendant plusieurs heures tout en les maintenant en agitation. On incorpore dès que la température est négative, un ensemencement en cristaux de tartre, celui-ci entraîne alors la formation rapide et la précipitation du tartre contenu dans les vins.
Cette manipulation permettra ainsi d’éviter la présence de cristaux de tartre dans les bouteilles commercialisées. Cette manifestation de résidus solides dans les champagnes était par le passé souvent redoutée par les élaborateurs champenois mais aussi par les consommateurs !
Ensuite les vins sont filtrés, c’est à dire débarrassés de toutes matières en suspension, afin de leur donner limpidité et brillance.
cuve givrée