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Alors que l’année passée la vendange battait son plein, le nettoyage et le rangement de celle de 2007 sont enfin terminés. Dans la cuverie, les fermentations alcooliques (tranformation des sucres en alcool) sont terminées et le soutirage (opération qui consiste à enlever les lies du vin) vient d’être effectué sur l’exploitation. Au final, cette année 2007 aura été source de nombreuses inquiétudes et de tension permanente, aujourd’hui nous retrouvons enfin une certaine quiétude. Les rendements de l’exploitation ont été satisfaisants et ont dépassé nos espérances ce qui est loin d’être le cas de tous les collègues champenois.
Les premières analyses sur nos "nouveaux" vins sont assez surprenantes et optimistes. On note une bonne acidité (8,8 g à 9,1 g H2SO4/l), un pH voisin de 3 et un taux d’acide malique important qui sera dégradé lors de la seconde fermentation, malolactique cette fois. Cette fermentation consiste simplement à dégrader un acide très perceptible en bouche en un autre acide moins perceptible. Certains viticulteurs ne pratiquent pas cette transformation sur leurs vins, c’est interessant car on peut obtenir des champagnes d’une grande fraîcheur même si cela peut dérouter certains consommateurs.
Pour cette année, Xavier a décidé de tester d’autres pratiques pour gagner encore sur les composantes des vins. Aussi, il a souhaité retarder la réalisation de la fermentation malolactique sur les vins stockés en fûts et pratiquer un bâtonnage régulier entre la fermentation alcoolique et malolacticque afin de transmettre plus de "gras" à ces vins de barriques. La dégustation de vins clairs nous dira si cette technique peut être positive pour nos futures cuvées.
Actuellement, les dégustations de vins clairs sont plutôt agréables et montrent des vins sans défauts : plutôt rassurant...
Le vignoble est temporairement abandonné et pourtant il commence à arborer ses belles teintes automnales (c’est la période idéale pour les balades en Champagne !). Dans les prochains jours, nous y retournerons afin d’arracher puis brûler les pieds atteints de maladies de bois. Ces maladies, encore appelées par les techniciens esca ou Black dead arm, sont occasionnées par plusieurs champignons présents au niveau du bois. La circulation de la sève est perturbée d’où des décolorations de feuilles, au bout d’un certain temps cela peut entraîner la mort du cep touché. Aucun traitement curatif n’existe actuellement, les seules méthodes préventives permettant de limiter la présence de ces maladies au vignoble consistent à repérer et à enlever les ceps malades tous les ans et à privilégier des plants traités à l’eau chaude pour les jeunes plantations (cette dernière manipulation assurée par certains pépiniéristes, permet d’éviter une contamination au niveau des plants, cette-ci devrait être généralisée dans les prochaines années compte tenu de premiers résultats prometteurs).
En parallèle, nous commençons à préparer les ventes de fin d’année avec les réapprovisionnements en cartons, enveloppes...nous réalisons aussi, via un prestataire, des dégorgements (enlèvement de la capsule avec dépôt de la bouteille, stabilisation avec adjonction d’une liqueur et bouchage avec bouchon en liège) afin que nos cuvées soient à leur optimum pour les fêtes de fin d’année. Autant dire qu’après vendanges même si la tension est retombée, le travail, lui, ne manque pas...
Alors que les vendanges battent leur plein, les cuves (commandées en janvier !) ou plutôt une cuve sur les trois attendues a été livrée ce dernier vendredi. En provenance de l’Ain, le voyage fut long mais sans encombre…Toute notre attention s’est donc portée pendant quelque temps sur l’installation de cette cuve dans la cuverie, agrandie à cet effet. Pendant près de deux heures nous en avions presque oublié les vendanges en cours, heureusement le pressoir a su nous le rappeler en bruit de fond. Image surprenante en pleines vendanges où ce déchargement dénotait entre la valse des citernes et des tracteurs tirant des bennes pleines de caisses à raisins ! Les deux dernières cuves (l’une de 60 hl et l’autre de 40 hl) suivront après les vendanges…Xavier les a baptisées « Désirées » !
La cueillette se poursuit dans de très bonnes conditions, sous un beau temps stable ce qui était inespéré lors de la dernière décade d’août. Les raisins en profitent pour gagner du sucre sans que la qualité n’en soit altérée. Finalement à la lecture des premières analyses de labo, les teneurs en sucres sont satisfaisantes (environ 9,5°), les jus présentent de beaux pH et de belles acidités (au final, les conditions du mois d’août sont plus proches de vraies conditions septentrionales que celles enregistrées ces dernières années), certains chefs de cave de grands négoces s’avancent déjà à comparer 2007 à 1982 ou 1995.
Les raisins restent sains, ce matin nous avons pressé des raisins de pinot noir, avec un niveau de rendement correct, d’une très belle qualité sanitaire, le jus affichait 10,2 ° de richesse en sucres… En parallèle, Xavier a déjà enclenché la fermentation alcoolique sur les premiers jus de vendange.
Actuellement, nous commençons à récolter les Chardonnays, que nous appelons ici les blancs. La qualité semble superbe, le degré a bien progressé sur la dernière semaine. Les rendements sont bons. Sur l’exploitation, le rendement autorisé en A.O.C Champagne sera atteint, il en sera de même du volume autorisé à être récolté mais mis en réserve pour palier à une mauvaise récolte. Les vendanges ont bien sûr été émaillées de petits tracas comme une panne inopinée du pressoir à 4h00 du matin mais vite résolue par le prestataire responsable de la maintenance. En plus de notre vendange, les prestations de pressurage nous ont bien occupées également, nous obligeant à tourner à deux reprises 24 heures non stop (heureusement que nous disposons de personnes compétentes pour nous seconder !) autant dire que dans ce cas on fait plus de mal au stock de café qu’au stock de champagne !!! Les organismes commencent à se fatiguer mais la fin de cueillette est proche, la tension accumulée toute cette saison va commencer à descendre lentement, nous pensons terminer la cueillette en milieu de semaine. A ce moment là, un travail administratif d’établissement de feuilles de paie se substituera à la cueillette et au pressurage. D’ici là, les raisins devraient continuer à habiter nos jours et nos nuits…
Et voilà elle est enfin en route cette vendange tant attendue et qui aura su alimenter les conversations tout au long de cette campagne…Les vignes commencent même à changer de teinte signe de leur fin de cycle végétatif… et pourtant nous ne sommes que tout début septembre. Depuis lundi matin tout le monde est à pied d’œuvre, José, Yves et Jean-Pierre secondés par Aurélien et Pamela sont chargés de récupérer les caisses, de les amener au pressoir afin que Xavier presse les raisins. La première vigne indiquée à la vingtaine de cueilleurs embauchés à la tâche est celle dans laquelle nous avons cueilli quelques caisses de raisins en famille (comprenez avec nos filles) dimanche après-midi en vue d’élaborer du vin rouge qui entrera vraisemblablement dans la composition d’un futur rosé Thévenet-Delouvin.
Dans cette parcelle située à Cerseuil, on constatait que certaines baies commençaient à flétrir signe d’un grossissement important suite aux fortes pluies d’août mais aussi d’une arrivée à maturité certaine. D’ailleurs, le jus de ces raisins affichait déjà une richesse en sucres de 10,5 % vol. C’est plutôt rassurant. Lundi après-midi, nous avons mis en cuve les baies débarrassées de leurs rafles pour que le jus se teinte de rouge, cette opération est assez aisée et rapide grâce à l’utilisation d’un égrappoir. Cela devrait rester comme cela plusieurs jours en macération avant d’ajouter des levures qui transformeront le sucre en alcool.
Les raisins arrivent au fur et à mesure, premières tendances cette année : des raisins plutôt sains (faible présence de pourriture), une richesse en sucres dite modérée (de 9,2 à 9,8 % vol.), parfois un début d’égrenage sur cépages noirs et des chardonnays toujours en retrait concernant leurs teneurs en sucres (probablement liées à une charge plus élevée que les cépages noirs). C’est une certitude, le cépage blanc a pris son temps pour mûrir et sera cueilli en fin de vendange. Pour le rendement, nous sommes rassurés et aujourd’hui confiants, nous devrions rentrer le volume autorisé et probablement reconstituer la réserve bloquée et libérée en juillet dernier (réserve en cours de constitution normalement présente pour palier à un déficit de récolte mais qui cette année a été partiellement débloquée pour être mise en bouteilles afin d’alimenter un marché très gourmand en Champagne). Pourtant cette année certains collègues devraient enregistrer une perte de récolte substantielle liée à un mildiou très virulent au niveau des grappes ou bien à la pourriture ou enfin malheureusement à la grêle. Autant dire que l’ambiance est tendue et que tous espèrent récolter autant que possible. Nous prévoyons la cueillette sur une petite dizaine de jours, pour l’instant les conditions climatiques sont bonnes, pas de précipitations et une relative fraîcheur qui rend la cueillette agréable et préserve les raisins.
Au sein de notre exploitation, nous élaborons et commercialisons 60 % de notre production et vendons 40 % de nos raisins à certains négociants qui serviront à l’élaboration de certaines de leurs productions (en Champagne, la vigne appartient en grande majorité aux vignerons, aussi les négociants sont contraints d’acheter une grande quantité de raisins pour élaborer certaines cuvées). Nous travaillons avec plusieurs maisons (Veuve Clicquot Ponsardin, Bollinger et Moët et Chandon) avec qui nous entretenons des contacts privilégiés tout au long de l’année. A la vendange, ces maisons collectent de nombreux jus de raisin à travers le vignoble afin de les centraliser dans leurs propres installations puis de les vinifier selon leurs propres protocoles. De nombreuses citernes sillonnent les routes de la région sur une quinzaine de jours, c’est toute une logistique que peu de personnes connaissent réellement. Aujourd’hui et demain sont prévues des passages de citernes pour le compte de Veuve Clicquot Ponsardin sur notre exploitation. En fin de semaine, ce sera le tour de la maison Bollinger. Pour l’heure retour au travail, même si nous n’oublions pas de réconforter nos hommes avec quelques flûtes de Champagne ! C’est cela aussi les vendanges…