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Au vignoble la grisaille et les nuages bas persistent, seul instant de repit ce dernier dimanche, où le givre trahissait le soleil hivernal. Xavier a retrouvé le vignoble de manière plus régulière et les travaux de taille se poursuivent sans réellement s’intensifier. Le bois est "beau", c’est le reflet de la bonne santé de la plante tout au long de son cycle végétatif. Si la vigne souffre, le bois mûrit mal (on parle d’aoûtement des bois car c’est une phase qui se passe en août-septembre), des parties de celui-ci restent vertes et se lignifient mal voire pas du tout. Dans le cas présent, les vignes semblent donc bien alimentées et pas le moins du monde affectées par les récoltes précédentes. Il faut donc veiller à ce qu’elles soient bien alimentées (c’est le rôle de la fertilisation), bien protégées vis à vis de ses différents parasites et bien conduites (travaux en vert soignés) afin qu’elles donnent le meilleur d’elles-mêmes ! Pour obtenir au final des raisins qualitatifs !!!! Il m’est difficile de comprendre que l’on puisse élaborer de belles cuvées en délaissant le vignoble...
Actuellement, la période est également consacrée aux commandes de produits, nous sollicitons les différents fournisseurs pour obtenir les meilleurs prix. Vous allez me dire mais je croyais que vous raisonniez les traitements ? Et bien oui mais nous avons toutefois des quantités minimales d’herbicides, de produits de protection à prévoir et nous pouvons nous réapprovionner en saison ou échanger si besoin est. Avant de les appliquer, ils seront stockés dans un local spécifique.
J’entends déjà les détracteurs de pesticides (terme inapproprié pour désigner les produits de protection...)s’insurger contre ces pratiques.
C’est vrai la manière de produire est très tendance en ce moment avec le grenelle de l’environnement et les différents modes de production (bio, biodynamie, raisonnée ou intégrée...). Vous avez probablement un point de vue la-dessus. Nous, nous n’avons pas attendu le constat actuel pour agir. Nous produisons de manière raisonnée depuis plus de 15 ans... Des connaissances techniques et scientifiques viennent en permanence argumenter nos pratiques... Parfois pour juger il faut aussi connaître dans le détail certains dossiers. Les débats actuels laissent trop la place à de simples consommateurs non connaisseurs (qu’ils ne faut pas négliger pour autant !) mais dans des sujets aussi techniques, il faut laisser agir les professionnels pour orienter correctement les techniques de production.
Pour nous, il n’y a aucun doute, l’avenir de notre activité et de l’agriculture c’est l’agriculture raisonnée. On ne pourra jamais prétendre assurer des niveaux de production suffisants sans faire appel de manière raisonnable à des produits de protection. Sachez que depuis une bonne dizaine d’années, les produits de protection les plus dangereux ont disparu. Les produits autorisés font l’objet d’examens au niveau européen et seuls les produits faisant preuve d’une moindre toxicité sont autorisés. Ensuite c’est autour de l’état français de s’exprimer sur l’intérêt de chaque produit. De plus, lorsque nous appliquons des spécialités, nous ne faisons pas n’importe quoi. Il y a des règles d’application et d’emploi avant récolte que nous respectons strictement. Nous sommes conscients des risques liés à l’utilisation de certains produits mais est-ce le cas des ménagères lorsqu’elles utilisent quotidiennement leurs produits d’entretien ?
Sur notre exploitation, nous avons réduit par deux nos applications d’herbicides de pré-levées (agit au moment de la germination) en les plaçant juste au niveau de la ligne de plantation. Entre les rangs, nous avons semé de l’herbe que l’on tond régulièrement ou bien dans les parcelles peu sales, on applique une fois dans la saison un herbicide de post-levée (agit sur les plantes présentes). Nous sommes donc bien loin des jardiniers amateurs qui utilisent à longueur d’année des produits contenant plusieurs matières actives sans réellement le savoir...
En terme de protection, nous réalisons de nombreuses observations des maladies et ravageurs en saison pour juger de l’intérêt d’une intervention. Pour les ravageurs, nous supportons la présence de certains individus mais lorsque le niveau de population est suffisant pour induire des pertes quantitatives importantes ou qualitatives nous intervenons. Nous traitons lorsque les seuils d’interventions sont atteints. Depuis plus de 15 ans, nous mettons en oeuvre ces principes avec une profonde conviction. Aussi, maintenant nous n’appliquons plus qu’en moyenne un insecticide par an et celui-ci est choisi parmi les plus spécifiques de l’espèce visée et par conséquent le plus neutre possible pour les auxilaires et l’environnement. En 2004, nous n’avons pas appliqué d’insecticide car la canicule de 2003 avait considérablement réduit les populations de ravageurs. Par ailleurs, nous ne traitons plus du tout les acariens rouges de la vigne car la réduction des interventions insecticides a permis aux prédateurs de ces acariens de s’installer, au vignoble on les appelle des typhlodromes. On maintient ces prédateurs en choisissant des produits qui sont plutôt neutres. On parle alors de lutte raisonnée mais dans un langage plus juste et plus technique il s’agit de la protection intégrée car on gère à la fois une protection chimique et une protection biologique !
Pour les maladies induites par des champignons (parfois redoutables comme le mildiou), on ne protègera la vigne que si celle-ci est sensible aux attaques, si le champignon est capable de s’exprimer et si les conditions sont favorables à son expression. Autant dire qu’il faut bien connaître le cycle du parasite, les paramètres climatiques favorables à son développement, les caractéristiques des produits et bien observer son vignoble pour détecter le tout début d’une épidémie. C’est aussi très technique, parfois un peu stressant et contraignant car il faut parfois faire preuve d’une grande réactivité mais quelle satisfaction en fin de saison d’obtenir ces beaux raisins sains sans pour autant avoir abusé de produits...
Tout cela est guidé par d’excellents Avertissements Viticoles rédigés par le Service de la Protection des Végétaux (qui malheureusement préfère maintenant s’orienter sur des actions de contrôles aux dépens de cette mission là d’information qui est justement à l’origine de ce service !) et par notre adhésion à un réseau de viticulture raisonnée champenois créé en 1993, dénommé Magister. Deux de nos parcelles sont suivies en saison par un technicien chaque semaine, en fin de tournée nous sommes conviés à des réunions "bout de parcelle"pour connaître et suivre l’état sanitaire des parcelles et pour aborder ensemble les risques et les stratégies à tenir.
N’oublions pas que ce sol, ce vignoble, ces paysages et cet environnement nous l’empruntons simplement à nos enfants...nous en sommes responsables. Parce que nous avons des devoirs, nous ne pouvons pas faire n’importe quoi. Tout est une question de dosage ou de raison...
A la faveur de conditions douces mais pluvieuses, le vignoble est à nouveau le lieu d’une certaine animation. La taille de la vigne a bel et bien débuté ! Actuellement, nous sommes occupés à couper les charpentes (bois de plus d’un an) et les bois de l’année inutiles pour la prochaine campagne. Ici en Champagne, la taille est très réglementée, on ne fait pas n’importe quoi avec ses ceps de vigne ! Chaque cépage doit être mené selon des critères qui lui sont propres et lui permettent une pleine expression de ses qualités. Par exemple, sur notre exploitation, le Chardonnay et le Pinot noir sont menés en « taille chablis » avec 2 charpentes portant des bois de l’année avec 4 à 5 yeux et un prolongement. Volontairement, nous effectuons une taille plus sévère que celle autorisée afin d’améliorer encore le potentiel qualitatif.
La taille est une étape importante de notre activité, de part son incidence sur la phase végétative et de part le temps que nous lui consacrons. Sur notre exploitation, nous estimons qu’il est nécessaire de prévoir 200 heures en moyenne par hectare. Son exécution est parfois pénible lorsque la personne présente des faiblesses au poignet. En effet, la réalisation de gestes répétitifs avec le sécateur est souvent à l’origine de problèmes douloureux au poignet (tendinite, syndrôme du carnal carpien). Il est vrai que la taille est qualifiée de tâche pénible d’autant plus qu’il faut compter bien souvent avec le froid et la pluie. Mais c’est un travail interessant car chaque cep est différent et il faut lui appliquer la taille appropriée.
En Champagne, la corporation des vignerons animée par des professionnels gère la formation des acteurs champenois ainsi que le passage de l’examen de taille, véritable billet d’entrée dans la profession viticole champenoise.
Ces diplômes sont souvent remis lors de manifestations organisées dans le cadre de la fête de Saint-Vincent, patron des vignerons. Cette fête a traditionnellement lieu le 22 janvier de chaque année.
C’est l’occasion de revêtir pour certains l’habit traditionnel de vigneron et de vigneronne, de déguster symboliquement le vin nouveau à une heure peu avancée de la matinée, juste avant la messe de Saint-Vincent. S’en suit un vin d’honneur avec brioches et champagne ponctué de discours de représentants professionnels sur la campagne écoulée et les promesses de la suivante. C’est à ce moment que sont remis ces fameux diplômes de taille mais aussi des diplômes d’honneur pour services rendus à la viticulture champenoise (nombreuses années de travail comme salarié ou vendangeur ou véritable engagement personnel pour l’intérêt de la viticulture locale).
Cette année notre apprentie, Pamela, a reçu des mains du président de section locale des vignerons (Xavier !) son diplôme de cap vigne et vin et un diplôme de meilleur apprenti de l’Aisne dans ce domaine. Toutes nos félicitations à Pamela !
Pour certains la fête continue de manière conviviale avec un banquet.
Malheureusement dans ces années de prospérité, les vignerons prennent l’habitude de festoyer chacun de leur côté au détriment de ces fêtes collectives en oubliant l’époque où il n’était pas si facile de vivre de la viticulture...
Certains villages, comme Passy-Grigny, possède également un bâton de Saint-Vincent. Il s’agit d’un morceau de bois noble au bout duquel est juché une espèce de sculpture également en bois du dit Saint Vincent avec le nom de la commune. Ce bâton est confié chaque année à un vigneron méritant du village. C’est une manière fort sympathique de reconnaître publiquement le travail effectué par nos prédécesseurs.
Et voilà 2007 parti... 2008 a déjà pointé le bout de son nez, c’est le moment de vous remercier pour votre confiance et votre fidélité.
Xavier et Isabelle Thévenet vous présentent tous leurs meilleurs voeux pour cette nouvelle année en espérant très sincèrement beaucoup de bonheur et de réussite pour vous et vos proches...avec toujours une flûte de champagne pour accompagner vos instants de partage, de convivialité et de plaisir.
Après l’intense activité commerciale de la fin d’année 2007, nous reprenons nos esprits ainsi que la maîtrise des dossiers administratifs négligemment abandonnés pendant ces deux derniers mois. Les comptes de fin décembre arrêtés, la tendance déjà annoncée dans la presse nationale est aussi de mise sur l’exploitation. Les ventes progressent sur la dernière année écoulée. On note une progression d’un peu plus de 10 p. cent avec une belle hausse, prévisible, du champagne Rosé, un engouement, malheureusement souvent freiné de part des quantités limitées, pour notre nouvelle cuvée Blanc de Blancs et une cuvée Prestige qui a de plus en plus ses adeptes. On note également de belles ventes pour nos deux cuvées principales, le champagne Carte Noire et la cuvée Réserve. Notre objectif en cette année 2008 sera de rester attentifs, d’être rigoureux dans la production de raisins, d’être inventifs dans l’élaboration des différentes cuvées afin de toujours vous offrir des produits vrais, de qualité, exprimant nos terroirs mais toujours dans le respect de l’environnement.
Et pour progresser dans tous ces domaines, nous aimons découvrir d’autres élaborateurs et d’autres productions. Aussi, nous nous exerçons lors de nos fêtes de famille en dégustant ou plutôt en découvrant et en associant les vins avec des mets précis. Pour ces dernières fêtes, nous nous souviendrons d’un Champagne Veuve Clicquot Vintage 1999 à l’apéritif et en accompagnement de Saint-Jacques poêlées (vin de texture crémeuse, avec des arômes légèrement grillés...un régal), d’un champagne Rosé Taittinger et Ruinart (nous aussi, nous succombons à la tendance du rose !), d’un champagne de vigneron d’Ambonnay Egly-Ouriet où le pinot noir est roi et le fût révèle la pureté du vin (merci Philippe pour cette découverte) et d’autres vins issus de vignobles français réputés (Rully "La Pucelle" 2002 de chez un viti qui partage les mêmes valeurs que les nôtres, Stéphane Briday, Saint Emilion Grand Cru Vieille Eglise 1995, Bonnezeaux "La Montagne" Cuvée Hortense de chez Benoît Rocher) et d’autres moins connus mais tout aussi séduisants comme dans le registre de la puissance (Clos de l’Azerolle AOC Minervois). Evidemment nous ne les avons pas consommés le même jour et nous avons su agrémenter ces dégustations découvertes par des entractes animés par eau plate et eau pétillante !!!