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Depuis plusieurs jours, c’est l’hiver au vignoble avec un retour gagnant des fameuses giboulées de mars avec flocons de neige et grêle. Il faut être armé d’un certain courage et surtout de bons vêtements bien chauds pour travailler à l’extérieur. Et pourtant on sent bien que le printemps n’est pas loin avec le réveil de certaines petites bêtes...
A l’heure où les enjambeurs sont fin prêts à repartir à l’assaut du vignoble, l’attention de certains vignerons se fixe sur de petits ravageurs s’attaquant aux bourgeons, prétexte bienvenu histoire de tester à nouveau le matériel après une longue période de repos forcé... Et pourtant de nombreux suivis et essais ont largement montré des efficacités de traitements très aléatoires vis à vis de ces petites bêtes. Ces résultats décevants sont souvent amplifiés par des interventions trop tardives ou bien par de fortes précipitations qui lessivent les produits appliqués. Je n’évoque évidemment pas la quantité de substance finissant sa course sur le sol ou dans l’atmosphère du fait d’un végétal inexistant (en fait, il n’y a que le bois à traiter)...
En ce tout début de campagne, occupés à finir la taille ou bien à attacher les baguettes sur un fil guide (avec un lien noué par une pince), on a tout le loisir d’observer la présence de ces ravageurs de début de saison. Isabelle est assez forte à ce petit jeu ! et Aurélien, notre salarié, aime les repérer également. Ils sont au nombre de 3 ou plutôt de 4 ! : Trois insectes peuvent s’attaquer aux bourgeons jusqu’à ce que le stade "pointe verte" soit constaté. On les appelle des mange-bourgeons.
Le premier a entré en piste est la boarmie : il s’agit d’une chenille arpenteuse qui hiverne au niveau des ceps (sous les écorces). Elle est douée d’un mimétisme presque parfait, elle se confond avec le bois ou des vrilles aoutées lorsqu’elle est immobile. On peut donc l’observer en fin d’hiver lors des travaux de taille. Au printemps, elle s’attaque aux bourgeons dès que ces derniers commencent à gonfler. Elle perfore les bourgeons et mangent l’intérieur.
Le deuxième et de loin le plus fréquent en Champagne est la noctuelle, encore appelée « vers gris ». On peut aussi la voir à l’automne dans nos jardins. Ses dégâts sont très caractéristiques, elle évide les bourgeons comme des oeufs à la coque. Elle est très vorace puisqu’elle peut manger la grande majorité des bourgeons d’un même cep en une seule nuit ! Le jour, difficile de la voir, il faut aller la chercher dans les premiers cm du sol au pied du cep touché. Les bourgeons doivent être plus avancés, avoir atteint le stade "bourgeon dans le coton" pour être croqués par cette chenille.
Le troisième, plutôt rare maintenant au vignoble, est un charançon que les vignerons champenois surnomment joliment "cul crotté" de son vrai nom Otiorrhynchus sulcatus. Ce coléoptère mesure environ 1 cm de long. De couleur brune, c’est l’adulte qui cause des dégâts au moment du débourrement (juste avant le stade "pointe verte"). Ils restent plus limités que pour les deux ravageurs précédents car les bourgeons sont surtout élimés ou broutés en partie terminale. Bien souvent le coeur du bourgeon est encore là mais les premières feuilles sont plus ou moins abîmées. Cet insecte s’active la nuit et le jour reste à l’abri dans les premiers cm du sol au pied des ceps touchés.
Ces trois insectes ont fait l’objet de nombreux travaux. Des seuils d’intervention sont proposés par les techniciens champenois pour éviter des traitements inutiles (15 p. cent de ceps avec au moins un bourgeon évidé). Toutefois, ce seuil est bien en deçà des seuils de nuisibilité réels. Aussi, sur notre exploitation nous ne traitons jamais les mange-bourgeons. Même en 2005 où la présence de boarmies était importante, nous ne sommes pas intervenus sur les deux parcelles qui dépassaient largement le seuil d’intervention. De plus, les attaques sont bien souvent très localisées au sein d’une parcelle et ne concernent qu’une vigne voire plusieurs mais en aucun cas l’intégralité du vignoble.
Le dernier ravageur de début campagne et non le moindre ces dernières années qui a tendance à envahir nos vignobles, c’est l’escargot ! Le petit jaune qui grimpe sur les bois et qui peut s’attaquer aux bourgeons dès l’éclatement du bourgeon jusqu’au stade 4-5 feuilles étalées. Les derniers hivers humides lui ont été favorables avec en plus probablement la réduction d’utilisation des intrants chimiques. Pour ce dernier, si la population s’avère très importante dans une parcelle, la meilleure des stratégies consiste à les ramasser !
Sur notre exploitation, ces petites bêtes ne représentent qu’un danger bien secondaire. En effet, avec notre manie de tailler tard, les bourgeons démarrent plus tardivement mais en général se développent très vite ce qui réduit considérablement la période de sensibilité. Tiens voilà un petit truc à retenir pour ceux qui craignent ces bêtes là. Tailler fin mars la parcelle ou les rares parcelles très sensibles à ces ravageurs contribuerait à réduire la phase de réceptivité de la vigne et par conséquent à limiter les dégâts et donc éviter les traitements.
La présence de plus en plus régulière d’herbes ou de couvert végétal au vignoble pourrait aussi contribuer à diminuer l’attrait des ces petites bêtes pour nos vignes et ses bourgeons tendres de début de saison en exerçant une certaine concurrence alimentaire....en attendant de vérifier cette propre hypothèse, la destruction par ramassage restera de vigueur sur l’exploitation à la grande joie des filles qui peuvent s’exercer à l’élevage des espèces !!!!!
En ce début mars, le froid fait son grand retour avec quelques flocons de neige le 5 mars...il était temps ! la crainte d’une reprise végétative précoce commence à tous nous assaillir alors que les forsythia (arbrisseaux à fleurs jaunes) sont déjà en fleurs. Vieux spectre du gel printanier qui refait surface tous les ans à la même période...et même si un réchauffement climatique est bien constaté cela ne nous met aucunement à l’abri des risques de gel printanier. Bien au contraire puisque la végétation devrait logiquement reprendre son cycle plus tôt suite à des températures hivernales plus douces que la normale... Aussi la phase de sensibilité de la vigne au gel risque de s’allonger dans les années à venir.
La vigne est sensible au gel dès lors que les jeunes bourgeons sont visibles voire encore dissimulés sous une enveloppe cotonneuse. Ce stade est en général constaté première décade d’avril, sachant que le Chardonnay est le cépage qui montre ses bourgeons le plus tôt suivi de très près par le Pinot noir, le Meunier quant à lui, privilégié en secteur gélif, sait se faire attendre. Pour ce dernier, il faut souvent attendre le 15-20 avril pour constater le stade débourrement "Pointe verte". Sur notre exploitation, nous taillons définitivement courant mars ce qui peut certaines années retarder ce fameux débourrement et limiter les risques de gel. L’exemple le plus récent et le plus démonstratif est sans contexte l’année 2003 où un gel printanier avait été enregistré le 11 avril alors que la vigne avait atteint le stade "pointe verte". Pas moins de 45 p. cent du vignoble avait alors été complètement détruit en Champagne, s’en étaient suivies une récolte de très faible volume et une vendange très précoce. Sur l’exploitation les dégâts de gel s’étaient avérés cette année-là pratiquement inexistants mais une sévère grêle estivale en avait décidé tout autrement...
Actuellement, la vigne "pleure", c’est à dire que la circulation de la sève a désormais bien débuté. Le débourrement sera constaté après une certaine somme de température (il faut compter environ une dizaine de jours à 12°C de température moyenne journalière), aussi le processus de la reprise de végétation est bel et bien amorcé. La logique voudrait donc que les bourgeons soient pratiquement visibles dans les premiers jours d’avril...
Pendant ce temps en cuverie, c’est le temps des travaux pratiques. Après le stade éprouvette, c’est l’étape grandeur nature. Aurélien et Pamela sont souvent angoissés car l’exercice doit être exécuté sans faute... Pour se faire, Xavier avait loué une grande citerne alimentaire lui permettant de gérer les grands volumes. Pendant deux jours, il a ainsi pompé successivement les différents volumes nécessaire à chaque assemblage. En résumé, c’est comme en cuisine, il convient de bien suivre la recette. Et après l’exercice effectué, il faut bien évidemment assurer l’étape du nettoyage !!!
Les assemblages sont ensuite relogés dans des cuves de différentes contenances en attendant le passage au froid prévu début avril. Cette étape vise à précipiter le tarte afin que ce phénomène inesthétique (formation de cristaux) ne se réalise pas dans la bouteille que vous venez d’acheter !