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Cette semaine au vignoble, des températures en dessous de zéro ont été enregistrées sur plusieurs jours sans conséquence sur la végétation car la vigne n’en finit pas de prendre son temps. Les bourgeons en cours de gonflement sur nos meuniers ne sont pas encore véritablement sensibles au gel. Cela n’était pas le cas pour certains chardonnays précoces du sud sézannais ou de la côte des blancs au stade "pointe verte", quelques dégâts ponctuels de gel ont dû être observés dans ces secteurs du vignoble. Dans tous les cas, il est heureux que le stade de la vigne ne soit pas trop avancé. A titre de comparaison en 2007, année très précoce, la vigne affichait à cette période entre 3 et 5 feuilles étalées selon les cépages... les années se suivent et ne se ressemblent pas... Le vignoble se prélassant dans ses derniers jours de repos...nous nous sommes concentrés sur d’autres taches de saison...
En effet, cette dernière semaine fut bien remplie en travail mais aussi en échanges...l’entraide fut à l’honneur ! Le travail effectué fatigue les organismes mais réchauffe les coeurs...comme il est bon de se sentir soutenu par des amis vignerons et par ses parents alors qu’autour certains de nos confrères ne savent plus trop ce que veut dire ce mot. Alors que Xavier et Aurélien préparaient en cuverie la mise en bouteilles prévue le vendredi, Isabelle et Pamela sont allées aider un ami vigneron, Philippe, installé sur la commune voisine de la nôtre, Verneuil. Pour lui, l’heure était à la plantation. Avec 2500 plants à mettre en terre en ce début de printemps difficile car pluvieux, il était nécessaire d’avoir quelques renforts de bras ! Aussi, le mercredi après-midi (sous le soleil, cela change !) nous avons participé au tout début de ce travail important que constitue la plantation car de sa réussite dépendent la longévité et les performances de la vigne. La terre encore bien humide en profondeur n’a pas facilité notre travail. Il fallait bien placer la terre douce et souple du dessus au fond du trou effectué avec une petite fourche à quatres dents. L’après-midi fut fort agréable à converser et à échanger sur des thèmes techniques ou autres...mais le corps en garde encore quelques séquelles, les muscles des cuisses sont restés douloureux quelques jours... Mais quelle satisfaction en fin de journée de contempler ce petit bout de terre avec les jeunes plants en terre bien alignés le long de petits tuteurs. Promis Philippe, nous y retournerons la semaine prochaine pour t’aider à terminer ce travail, tu peux compter sur nous !

Et après cette intermède à l’extérieur, nous nous sommes reconcentrés sur notre mise en bouteilles prévue le vendredi 18 avril. Au cours des deux jours qui précédaient, la valse des camions n’a pas cessé. Les bouteilles vides ont été livrées en plusieurs fois ainsi que de nouvelles palettes métalliques pour les placer dans la cave de vieillissement. Xavier s’est concentré sur le suivi du levain (réactivation et prémultiplication des levures qui sont destinées à être ajoutées au vin lors de la mise en bouteilles pour assurer la prise de mousse) et la préparation des locaux pour faciliter l’exécution de cette tache. Aussi, vendredi réveil à 5h00 pour une journée riche en échanges et en bouteilles remplies !!!! Le chantier installé par le prestataire est fin prêt à débuter dès 7h00. Tous les amis vignerons, Laurent, Patrice, les parents et leurs salariés sont tous présents à l’appel pour cette entraide.
Et voilà c’est parti pour une journée de travail mais aussi d’échanges, de rires, de discussions animées. La machine à embouteiller a un rythme soutenu, près de 5300 bouteilles par heure. Pour nous la difficulté réside dans le fait que le tirage se passe évidemment sur le lieu où se trouve la cuverie mais le vieillissement a lieu sur un autre site. Certes, les deux sites sont dans le même village mais aux deux points opposés...Aussi, notre ami Laurent n’a pas cessé de rallier les deux sites avec le master dans lequel nous plaçions deux palettes de bouteilles pleines à chaque fois. Au final, nous avons comptabilisé près de 70 km effectués dans la journée !

La pause "casse-croûte" de 9h00 fut la bienvenue pour réconforter les têtes et surtout les estomacs. Les différentes cuvées (Blanc de Blancs, Blanc de Noirs, Prestige, Réserve, Carte Noire et Rosé) et les différents contenants (1/2 bouteille, bouteille, magnum) se sont succédés tout au long de cette journée. Aucun souci majeur n’a été à déplorer. Fait particulier à signaler cette année, nous avons choisi de tirer nos vins en bouteilles champenoises traditionnelles un peu plus légères que celles utilisées antérieurement (toujours produites par Saint-Gobain). Ce choix s’inscrit toujours dans notre volonté de limiter nos impacts sur l’environnement. Même si en terme de production, ces bouteilles semblent avoir un impact similaire aux autres, on devrait dans tous les cas y gagner lors des transports. Et ce poste est loin d’être négligeable en terme d’impacts sur le réchauffement climatique...
La journée s’est terminée par la mise en bouteilles de notre Rosé. Je vous rassure, le bilan est largement positif, nous avons rempli beaucoup plus de bouteilles que nous n’en avons vidées ! C’est fourbus mais avec satisfaction et soulagement que nous nous sommes endormis tôt ce soir-là... Un grand merci à ceux qui sont venus participer activement à cette étape essentielle de notre activité !
Durant ce derniers jours, l’hiver récidive avec froid, averses mêlées de grésil et de neige. Malgré tout, le coeur s’allège : la taille est terminée ! les plants d’un an seront taillés demain puis les sécateurs pourront être révisés et rangés jusqu’au prochain automne.
Au cours de la semaine à venir, Aurélien et Pamela poursuivront la mise en place des liens destinés à maintenir le bois plié sur le fil métallique fixe. On appelle ce travail le liage. Pour assurer au mieux cette tache, deux outils, la pince manuelle qui avec l’aide d’un petit crochet fixé sur la pince fait une boucle avec la ficelle retenant le bois plié sur le fil fixe. Puis on sectionne la ficelle avec la pince coupante. Le plus difficile lorsque l’on réalise cette tache, c’est de contenir les douleurs apparaissant rapidement au niveau du bas du dos. Aïe !!Aïe !!! la position semi-arrondie du dos tenue pendant plusieurs heures n’épargne pas les hommes ! Second outil utilisé, la pince électrique Pellenc alimentée par une batterie. Plus lourde que la précédente mais faisant le lien et coupant la ficelle instantanément, le travail est beaucoup plus rapide (surtout pour la taille vallée de marne et guyot) et le dos souffre moins, le corps étant toujours en mouvement. Sur l’exploitation c’est Aurélien qui maîtrise le mieux cette nouvelle pince, dont la présence est maintenant bien généralisée au vignoble.
Les années se suivent et ne se ressemblent pas, en 2007 avril était estival et la vigne montrait déjà ses premières feuilles bien avant la fin du mois. En année moyenne, le stade "pointe verte" est observé vers le 10-15 avril. Actuellement dans notre vignoble, les bourgeons de chardonnay les plus avancés sont au stade d’un bon gonflement ou d’un petit "bourgeon dans le coton". Néanmoins, la très grande majorité de nos parcelles atteint péniblement le stade "gonglement du bourgeon" et pour nos meuniers, il n’est pas rare de voir encore des bourgeons d’hiver. N’en déplaise à ceux qui font des prédictions avec de vieux dictons, Pâques était pourtant bien tôt dans le calendrier mais la végétation n’a pas suivi ! Au vignoble, on constate même un léger retard de la reprise de la végétation sur une année normale. Les mange-bourgeons se montrent très discrets, nous n’avons observé que deux boarmies sur Passy-Grigny mais sans dégâts sur la parcelle en question. Il est fort probable que la vigne débourre très rapidement et par conséquent que cela réduise considérablement la période de réceptivité de la vigne à ces petites bêtes.
Xavier, quant à lui, a repris le chemin de la cuverie depuis quelques jours. Il lui faut préparer les vins qui vont être mis en bouteilles en fin de semaine prochaine. Les bouteilles vides devraient être livrées 48 heures avant la mise en bouteilles, les bouteilles blanches destinées à recevoir le rosé sont arrivées depuis quelques semaines. Cette année, nous avons anticipé car en 2007 les fabriquants avaient prévu une hausse de la production mais pas suffisamment, aussi il y avait eu une belle rupture de stock de bouteilles blanches et nous avions dû embouteiller notre cuvée rosée dans des bouteilles ne provenant pas du fabriquant souhaité...frustant...
En cuverie, c’est donc le temps du passage au froid et de la filtration. Ces travaux sont assurés par un prestataire local : Viti Vini Diffusion. Cette opération a duré plus de 3 jours. Le passage au froid consiste à abaisser la température des vins à -3,5 °C pendant plusieurs heures tout en les maintenant en agitation. On incorpore un ensemencement en bitartrate de potassium dès que la température est négative. Celui-ci entraîne alors une précipitation rapide du tartre contenu dans les vins. Cette manipulation permet ainsi d’éviter la présence de cristaux de tartre (appelés paillettes par certains) dans les bouteilles commercialisées. Ensuite les vins sont filtrés, c’est à dire débarrassés de toutes matières en suspension, afin de leur donner limpidité et brillance.
Le vin est alors prêt pour être embouteiller. Cette prochaine étape est programmée en fin de semaine prochaine...